Comment les hommes perçoivent-ils les protections périodiques et les menstruations ? Guidés par les mêmes questions, trois hommes issus de différentes générations partagent leurs expériences. Leurs témoignages révèlent comment l’éducation, l’entourage et l’époque influencent les représentations sociales.
Réalisation : Louise, Lisa, Zoé, Eloane, Paola
Accompagnement éditorial et scientifique : Louis Braverman et Aziliz Peaudecerf
Musique : Thomas Peiser
Visuel : Youna Vignault
Ce podcast a été réalisé grâce au soutien du festival Ressac, du Labers, de la licence Sciences Sanitaires et Sociales de l’Université de Bretagne Occidentale.
Transcription
Menstruaudio
Épisode 3 – Les hommes voient rouges
Précisions pour faciliter la lecture :
- Les textes en gras et italique correspondent aux parties du générique.
- Les textes en gras correspondent aux narrations.
- Les indications en italique jaune et souligné en gris décrivent la musique et générique.
Musique
Léo : Moi, ça ne me choque pas qu'on en parle pas tant que ça. Ça n'a pas forcément lieu d'être. Il n'y a pas à en parler dans ce genre de monde. On ne regarde pas un film pour entendre parler de protection hygiénique non plus quoi.
DÉBUT GÉNÉRIQUE
Narration : Menstruaudio, le podcast qui dit tout sur les règles Episode 3, les hommes voient rouges.
FIN DU GÉNÉRIQUE
Narration : Qu'est-ce que c'est pour toi les protections hygiéniques ?
Léo : Les protections hygiéniques, c'est pour moi ce qui sert à empêcher l'écoulement du sang lors des périodes de règles.
Narration : Léo, 22 ans, animateur sur le temps périscolaire en école primaire.
Léo : Ça permet d'avoir un quotidien plus confortable.
André : Pendant les règles des femmes, on met des protections pour que ça ne déborde pas partout. (Rigole…)
Narration : André, 87 ans, retraité et ancien chef de projet en industrie automobile.
André : Ça a tellement évolué qu'il y a différentes sortes. Moi qui ai un certain nombre d'années, j'ai des souvenirs lointains de protections féminines qui n'existent plus, je suppose.
Narration : Et justement, vous pouvez nous dire quel type de protection hygiénique vous connaissez ?
André : D'abord, il y avait des serviettes hygiéniques. Léo : Les tampons.
Narration : Avez-vous déjà entendu parler de culottes menstruelles ?
Léo : J'ai déjà entendu parler, mais de là à expliquer, je ne saurais pas dire.
J'imagine que c'est un peu comme une serviette hygiénique, sauf que c'est sous forme de culotte. Et lavable.
André : Je me rappelle, ma mère et mes sœurs mettaient ça dans un seau en train de dégorger.
Narration : Quel sentiment est-ce que vous éprouvez quand vous voyez des protections hygiéniques, qu'elles soient utilisées ou non dans la poubelle?
Charles Henri : ? Rien.
Narration : Charles-Henri, 42 ans, sage-femme à l'hôpital.
Charles Henri : Je suis habitué à avoir des gros caillots partout dans les salles de bain dans mon travail. Donc évidemment, des petites serviettes dans les toilettes du cinéma ne m'offusquent pas.
André : Usager, ça me gênerait parce que normalement, l'hygiène, ce serait de les mettre à la poubelle ou de les ranger où il faut quand elles ne sont plus utilisées. Si elles ne sont pas utilisées, ça ne me gênerait pas du tout. Mais en général, il y a un emballage avec. Ils ne sont pas découverts.
Léo : Bah, je ne vais pas le dire, mais disons que ce n’est pas non plus attirant, on va dire. Voilà, mais après, ce n’est pas grave, c'est OK, mais non, je ne peux pas dire que c'est propre, comme tout ce qui vient de là.
Narration : Ça vous est déjà arrivé d'acheter des protections hygiéniques pour votre femme, par exemple ?
Léo : Eh bien, je le ferai, si c'est ma petite copine et si elle en a besoin.
André : Je ne saurais pas comprendre. Il faudrait qu'elle me dise ce qu'elle veut. Non, je ne saurais pas comprendre. Il y a des rayons à ne pas finir. Il y a un choix immense. Moi, je n'y connais rien. Mais il faut peut-être savoir de quoi on a besoin à ce moment-là. Parce que dans un rayon, c'est comme les aliments pour chiens. 20 mètres. Mais pourquoi vous voudriez que les garçons aient acheté des protections pour vous ?
Musique
Narration : En tant qu'animateur, comment est-ce que tu réagirais si une jeune fille vient te demander des protections hygiéniques quand c'est leur première règle ?
Léo : Alors ça ne m'est jamais arrivé encore, mais si ça m'est arrivé en tant qu'homme, je pense que je me tournerais vers une animatrice, vers une femme qui serait peut-être plus apte à l'aider que moi.
Narration : Et pourquoi tu penses qu'elle serait plus apte que toi à aider cette jeune fille ?
Léo : C'est un sujet qu'elle maîtrise mieux naturellement, parce que c'est une femme et qu'elle a aussi ses règles. Donc pour ne pas lui parler d'un sujet que je maîtrise moins et pour ne pas lui dire de bêtises.
Narration : Est-ce que vous pensez que vous êtes, en tant qu'homme, bien informé sur les protections et plus globalement sur les menstruations ?
André : Non, non, je ne suis pas informé et je ne l'ai jamais beaucoup été.
Charles Henri : Je ne pense pas qu'on le soit un jour assez informé de quoi que ce soit. La connaissance est un chemin infini et on aura sûrement encore beaucoup de choses à apprendre sur la question qui nous permettront de rendre tout le monde plus
confortable. Mais vu toute la souffrance qu'il peut y avoir autour du sujet, je pense qu'on a toujours plus à faire pour. L’instant.
Narration : Et en tant que sage-femme, est-ce que vous voyez un réel décalage avec les autres hommes qui n'ont pas le même métier que vous et qui donc peuvent avoir moins de connaissances sur le sujet ?
Charles Henri : Non, en général, il y a évidemment un décalage. Après, je ne voudrais pas qu'on pense, quand je constate ce décalage, j'y vois un aspect sexiste ou misogyne de
l'homme qui rejetterait ce côté-là de la femme. Je pense qu'il y a un tabou général, autant féminin, voire même peut-être plus féminin que masculin sur la question, qui bloque le dialogue là-dessus. Après, je crois aussi que les hommes écoutent ça d'une oreille parce que leur intérêt n'y est pas… tout à fait évident non plus surtout dans le cadre du cinéma parce que l'intérêt majeur qui pourrait avoir serait la prise en charge de leurs compagnes ou de proches. Voilà je ne vois pas au-delà de ça vraiment ? Quoi ça peut servir ? À quoi ça sert vraiment aux hommes si ce n'est après dans des exercices professionnels particuliers ?
Musique
Narration : Et comment vous pourriez aider vos filles quand elles vont avoir leur règles pour la première fois ? Est-ce que vous allez aborder le sujet ?
Charles Henri : Je me rends évidemment très disponible pour mes enfants là-dessus. Je passe leur temps à demander « Est-ce que vous avez des questions ? ». Limite, je pense qu'elles me trouvent un peu harcelant, donc j'essaie d'y aller doucement. Mais je serais ravi de pouvoir partager ça avec elles.
Musique
Narration : Et vous n'avez jamais été un peu curieux sur la question ?
Léo : Je ne pense pas aller faire la démarche moi-même d'aller rechercher. Quoique ? Peut-être qu'après cette interview, comme on en aura quand même parlé, peut-être que je vais aller m'informer un peu plus. Mais c'est vrai que je n'ai jamais été confronté tant que ça à ce sujet-là. Donc je ne sais pas si j'irais faire la démarche.
Mais en tout cas, si je tombe sur une vidéo explicative, pas trop longue quand même, un truc qui ne dure pas une heure, là peut-être que oui, je m'y intéresserais.
André : Non, non, non.
Narration : est-ce que tu te sens concerné par cette thématique ?
Léo : Oui, à partir du moment où on vit tous ensemble, homme et femme, et que quand tu as une copine, elle a ces problèmes-là, et il ne faut pas en parler comme un problème forcément, mais ce qu'elle a, tu l'as aussi du coup, c'est une histoire de couple.
André : Non, pas forcément.
Charles Henri : Oui, comme tout ce qui est à faire à la reproduction humaine, ça se fait à deux. Dans l'absolu, on ne peut pas dire que c'est un sujet qui concerne qui que ce
soit. Chacun se sent concerné s'il le peut. Je pense qu’une société qui évolue de façon progressiste et ouverte amènerait tous ses citoyens à s'impliquer dans ce genre de considérations. Générique
Narration : Est-ce que vous estimez que c'était plutôt elle qui voulait garder ce sujet pour elle, plus que vous qui ne vouliez pas être informée ?
André : C'est plutôt mes sœurs, et puis c'était dans l'air du temps. On ne parlait pas de ces choses-là. Maintenant, peut-être que vous en parlez plus entre vous avec les garçons, je ne sais pas.
Musique
Narration : Est-ce que tu penses que c'est un sujet tabou ?
Léo : En tout cas, on le rend un peu tabou, mais ça ne devrait pas l'être. Comme tout ce qui est intime et ce dont on a tous besoin. On est tous humains, on est constitués pareil, donc on devrait pouvoir en parler plus librement et ne pas en faire un sujet tabou.
André : Je ne pense pas, non. Ce n'est pas un sujet tabou, non. On peut en parler. Ça ne me gênerait pas du tout. Si la personne connaît son sujet et puis que… Oui, qu'elle a toutes les réponses.
Musique
Narration : Pourquoi on pense que c'est un problème ?
Léo : C'est toujours contraignant d'avoir des écoulements de sang. Par exemple, moi, quand je cède du nez, c'est embêtant, parce que le sang, ça en met partout.
Donc, à partir de là, peu importe d'où ça sort, c'est contraignant. Donc, voilà. Et puis, en plus, il faut toujours penser, du coup, à avoir ses serviettes sur soi, à avoir tout le matériel nécessaire pour pas que ça coule. En plus, sans parler que des écoulements du sang, il y a des douleurs, quand même, il paraît, qui sont plus ou moins insupportables selon les femmes.
Narration : En plus d'être une contrainte physiologique, psychologique, est-ce que ça pourrait être une contrainte sociale également ?
Léo : C'est toujours un peu gênant, je pense, comme tout ce qui est intime. Là où c'est gênant socialement, pour moi, c'est encore une fois plus avec les hommes qui ne comprennent pas et qui ne veulent pas comprendre, alors que c'est juste la nature. Après, oui, dans la vie de tous les jours, c'est sûr que ça doit être contraignant, mais comme tout ce qui est intime, tu ne vas pas ouvrir ton paquet et dire à tout le monde « j'ai mes règles ». C'est une fierté pour personne, mais bon, vous n'avez pas le choix.
Narration : Le tabou s'entretient dans le silence, et si vous en parliez ce soir ? DÉBUT GÉNÉRIQUE
Narration : Un podcast réalisé par Louise, Lisa, Paola, Elohan et Zoé, étudiantes à l'UBO, en sciences sanitaires et sociales.
Accompagnement éditorial et scientifique, Louis Braverman et Aziliz Peaudecerf. Musique, Thomas Peiser. Ce podcast a été créé dans le cadre du festival RESSAC.
FIN DU GÉNÉRIQUE