Que ressent-on lors d’un examen gynécologique ? On a posé cette question à trois femmes : l’une de 20 ans, l’autre de 58 ans et aussi à une étudiante sage-femme. Avec elles, on discute d’intimité, de peurs, de violences, mais aussi de la place des hommes en tant que professionnel, père ou conjoint. Cet épisode a également pour but de casser les tabous sur la gynécologie, qui est un pan important pour la santé d’une femme.

Réalisation : Zoé, Landy, Morelle, Alphoncia, Hairya, Louann
Accompagnement éditorial et scientifique : Louis Braverman et Aziliz Peaudecerf
Musique : Thomas Peiser
Visuel : Youna Vignault

Ce podcast a été réalisé grâce au soutien du festival Ressac, du Labers, de la licence Sciences Sanitaires et Sociales de l’Université de Bretagne Occidentale.

 

Transcription

 

Épisode 4 Blouse blanche, spéculum, étrier

Précisions pour faciliter la lecture :

  • Les textes en gras et italique correspondent aux parties du générique.
  • Les textes en gras correspondent aux narrations.
  • Les indications en italique décrivent la musique et le générique.

DÉBUT GÉNÉRIQUE

Sylvie : C'est pas tabou la gynécologie, donc il faut en parler. Je pense que ça n'est pas tabou, ou en tout cas ça ne devrait pas l'être.

Narration : Menstruaudio, le podcast qui dit tout sur les règles.

Épisode 4 – Blouse blanche, spéculum, étrier

FIN DU GÉNÉRIQUE

Sylvie : Ma première consultation gynécologique s'est passée assez tard. Parce qu'avant, comme beaucoup de personnes, je n'allais pas du tout faire de visite, quoi que ce soit. Je ne trouvais pas ça important, on va dire. Ce qui est une grosse erreur. Donc ma première consultation, c'était à 38 ans. Juste parce que je pensais être enceinte. Ce qui était vrai.

Je m'appelle Sylvie, j'ai 58 ans. J'avais la chance d'avoir un gynécologue qui était très à l'écoute de ses patientes. Grand monsieur en gynécologie, il mettait vraiment à l'aise les

femmes. Je n'ai jamais eu aucun a priori avec lui. Jamais, jamais, jamais, je n'y allais pas en reculant. En fait, il m'a été conseillé, donc je ne me suis même pas posé la question. Je me

suis dit, de toute façon, il faut y aller, il faut y aller.

Donc je n'avais pas la gêne que ce soit un homme ou une femme. Et après, avec l'expérience, j'ai autant eu de facilités avec une femme qu'avec un homme. Alors, je n'étais pas forcément inquiète dans le sens de qu'est-ce qui va se passer, comment ça va être, et tout ça, parce que je n'avais pas posé de questions avant et je n'avais pas voulu aller chercher des

réponses à mes questions. Parce que je n'aime pas. En fait, j'aime bien voir les choses comme elles sont.

Et mon gynécologue à l'époque m'a mise vraiment très à l'aise, sachant que c'était la

première fois que je venais. Il m'a déjà grondée pour commencer. Et après, il m'a mise à l'aise en me disant : « Voilà, on va vous faire ça ». J'ai eu une auscultation normale. J'étais

enceinte, donc je n'étais pas mal à l'aise. J'ai sûrement été mal à l'aise après, je pense, parce

que ce ne sont pas des positions enviables.

Le gynécologue nous interroge un petit peu, même si on est déjà allé chez lui. Il va nous

interroger pour voir comment l'année s'est passée et tout ça, s'il n'y a pas eu de problème

particulier. Et après, il va nous demander de passer dans son cabinet. En général, on enlève le bas. Il nous met les pieds dans les étriers, il nous regarde dans les yeux. En général, ils ne vont pas les chercher ailleurs. Donc ils font leur auscultation gynécologique. Et après, on va avoir une palpation de la poitrine pour voir s'il n'y a pas de problème.

Enora : J'avais été la première fois à l'âge de 14 ans ou 15 ans. C'était par rapport à une infection au niveau de mes lèvres. J'étais anxieuse et stressée. Concrètement, je ne savais pas dans les détails ce qu'était en fait une consultation gynécologique. Ma mère m'avait expliqué comment ça allait se passer.

À ma grande surprise, la consultation s'était très bien déroulée. La gynécologue était très sympa, elle m'a mise à l'aise, elle était très gentille.

Agathe : Nous, on a des cours un peu théoriques sur les modes d'accueil des patientes, le mode bercé, ça s'appelle, comment on accueille une patiente, l'attitude, à quel point ça peut jouer.

Alors du coup, moi je m'appelle Agathe, je suis étudiante en dernière année, donc cinquième année d'études de maïeutique, donc sage-femme. Nous, sages-femmes, on s'occupe de la

physiologie et de quand les femmes vont bien, sont en bonne santé. Donc on est tout à fait capables de suivre une femme tout au long de sa vie, si elle va bien. Et bien sûr, le gynécologue vient en second plan quand il y a une pathologie, quand il y a quelque chose que nous, sages-femmes, on ne peut pas gérer. On oriente et il n'y a aucun souci.

Enora : Je n'en avais pas parlé. On peut de suite s'attendre à avoir des critiques ou des regards de dégoût. On peut se dire que cette personne, tu as manqué d'hygiène à cette époque, dis donc… Comment fais-tu ? Tes parents ne t'ont pas éduquée là-dessus. Et c'est vrai que ça peut de suite impacter, je pense, moralement et mentalement.

Agathe : Après, oui, il y a quand même un tabou sur tout ce qui est la sexualité, les

infections vaginales, les IST et surtout la connotation que ça peut avoir, notamment sur les IST. Il y a encore un peu cette image que les IST, c'est sale, quelqu'un qui a des infections sexuellement transmissibles, c'est un peu la honte. Alors que non, ça peut arriver à n'importe qui.

Enora : À l'époque, ça m'aurait réellement gênée de passer avec un professionnel et non une professionnelle. C'est assez stressant et gênant de passer devant une personne. Et en

plus, si c'est un homme qui vient nous consulter, surtout pour qu'on montre notre intimité à un homme, ça peut être un peu plus angoissant, je pense.

Il y avait un stagiaire qui était déjà avec la professionnelle, et donc elle m'a demandé si ça me dérangeait ou non que le stagiaire vienne dans la salle avec nous pour voir. Bien sûr, moi j'ai répondu que ça me gênait, et puis notamment c'était un homme. Donc en tant que femme, ça me gênait un peu plus, il est vrai. Donc j'ai refusé et puis j'avais le choix.

Maintenant, aujourd'hui, ça ne me dérangerait pas forcément parce que je sais qu'ils sont là pour nous aider, ce sont des professionnels. Après, à savoir, c'est vrai que sur certains

points, je sais que ce n'est pas forcément partout, mais on aurait pu entendre dire que

certains abuseraient de leurs patientes, ce genre de choses. Donc c'est vrai que ça pourrait un peu me rebuter et me freiner dans une certaine consultation avec un homme.

Sylvie : J'ai été obligée de prendre un autre gynécologue, avec qui ça ne s'est pas bien passé du tout, par contre. J'avais les pieds dans les étriers, donc en position pas la plus idéale pour une femme. Et ce même monsieur me dit : « Mais madame, il faudra penser à faire du sport ».

Et là, j'ai très, très mal pris en fait, parce qu'il ne connaît pas mon histoire, il ne sait rien de ma vie. Et il se permet de me juger comme ça, juste en me regardant dans mon intimité. J'ai trouvé ça extrêmement déplacé.

Donc je suis sortie de la consultation, je n'ai rien dit sur le moment parce que je ne savais pas quoi dire, ou être très désagréable. Et je suis sortie de la consultation et j'ai récupéré mon dossier. Parce qu'on ne parle pas comme ça à une femme, en fait.

Donc voilà, et je suis partie par la suite chez une sage-femme. J'aurais bien mis deux claques en fait en sortant. D'ailleurs, il a failli prendre mon pied dans la figure quand il m'a dit ça,

parce qu'on ne dit pas ça, en fait.

Agathe : Je ne suis pas sûre qu'il y ait plus d'abus forcément chez les hommes que chez les femmes. Je ne connais pas les chiffres, les pourcentages. Il faudrait voir des études ou des

choses comme ça. Je pense que les violences de tout genre, elles peuvent venir de n'importe

qui, que ce soit homme ou femme. Il ne faut pas faire de généralités.

Je sais qu'on parle beaucoup des gynécologues hommes, mais là encore, est-ce qu'il peut y avoir aussi un effet… Vu qu'on parle que des hommes, est-ce qu'on ne parle pas des femmes

? Je pense que ça existe chez les femmes aussi.

Oui, j'ai déjà travaillé avec des gynécologues hommes et je n'ai pas forcément senti une manière différente de travailler. Et souvent, le retour des patientes, elles trouvent que les hommes sont très doux avec elles et justement qu'ils font attention à cette pudeur, à être doux, etc. Mais non, je n'ai pas vu forcément de différence.

On voit aussi des mamans qui nous emmènent leurs enfants, leurs filles, pour faire un peu de prévention autour de la sexualité. Qu'est-ce que c'est les règles ? Comment on gère ? Qu'est- ce que ça peut être les symptômes ?

Enora : Mon père, je pense, n'a jamais su que j'ai eu ce genre de problème à l'époque.

Aujourd'hui, en me rappelant ça, je ne pense pas que j'en aurais forcément parlé à mon père. Ça ne me serait même pas venu. Je me dirais : pourquoi lui parler de ce genre de choses ? Je pense que ça m'aurait aussi gênée que ce soit mon père et non ma mère qui m'accompagne.

Agathe : Le message que j'aimerais transmettre autour du rôle de la sage-femme, c'est qu'on est tout à fait capables de faire des consultations de gynécologie. Il faut nous faire confiance et il faut aller voir les sages-femmes, on est trop sympas !

DÉBUT GÉNÉRIQUE

Narration : Un podcast réalisé par Landy, Hairia, Louane, Morel, Zoé et Alfoncia, étudiantes à l'UBO en sciences sanitaires et sociales.

Accompagnement éditorial et scientifique : Louis Braverman et Aziliz Peaudecerf. Musique : Thomas Peiser. Ce podcast a été créé dans le cadre du festival RESSAC.

FIN DU GÉNÉRIQUE