À quand le congé menstruel ? Dans cet épisode, on parle menstruations et travail avec des femmes ayant travaillé dans différents pays. Elles expliquent comment elles gèrent leurs règles dans le cadre professionnel et les difficultés rencontrées. L’épisode questionne la nécessité de mettre en place un congé menstruel ainsi que les conditions nécessaires à son développement.
Réalisation : Mariam, Nadia, Rasmina, Dounia, Kamelia
Accompagnement éditorial et scientifique : Louis Braverman et Aziliz Peaudecerf
Musique : Thomas Peiser
Visuel : Youna Vignault
Ce podcast a été réalisé grâce au soutien du festival Ressac, du Labers, de la licence Sciences Sanitaires et Sociales de l’Université de Bretagne Occidentale.
Transcription
Épisode 6 – Quand les règles s’invitent au boulot
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Précisions pour faciliter la lecture :
- Les textes en gras et italique correspondent aux parties du générique.
- Les textes en gras correspondent aux narrations.
- Les indications en italique jaune et souligné en gris décrivent la musique et le générique.
DÉBUT GÉNÉRIQUE
Dounia : J'ai travaillé plusieurs années comme infirmière au service de gynéco obstétrique en Algérie. Les horaires décalés ont complètement dérégulé mes règles. Mes règles devenaient très longues et très irrégulières, parfois espacées de 40 à 60 jours.
Narration : Menstruaudio, le podcast qui dit tout sur les règles.
Épisode 6 – Quand les règles s’invitent au boulot.
FIN DU GÉNÉRIQUE
Manon : Je m'appelle Manon Evena, c'est ma cinquième année d'enseignement à l'Université de Bretagne Occidentale à Brest. Je suis professeure d'anglais.
Dia : Je m'appelle Dia, j'ai 26 ans, je suis étudiante. En parallèle, je travaille depuis un an au marché comme job étudiant.
Dounia : J'ai travaillé plusieurs années comme infirmière au service de gynéco obstétrique. En Algérie, c'est un environnement très prenant avec beaucoup de gardes de nuit et ça a eu un impact énorme sur ma santé. Les horaires décalés ont complètement dérégulé mes règles. Mes règles devenaient très longues et très irrégulières, parfois espacées de 40 à 60 jours et j'avais des douleurs très fortes. C'était vraiment difficile à vivre, surtout quand on doit rester concentrée et disponible pour les patientes.
Manon : J'ai été employée aux États-Unis, alors employée d'une certaine façon puisque je faisais partie d'un programme d'échange linguistique et culturel qui est le programme Fulbright. C'est une bourse qui m'a permis de rester un an aux États-Unis, à la fois en tant qu'assistante de français dans une université, pour la partie employée entre guillemets, et comme étudiante j'ai pu suivre des cours aussi à l'université.
Aux États-Unis, le rythme de travail, sachant que je n'étais pas à temps plein, n'a pas vraiment eu de conséquences ni sur la santé en général, ni au niveau menstruel. Ce qui était particulier dans cette université, c'est que c'est une université qui s'appelle Women's College, qui est une université réservée aux femmes. Déjà parce que historiquement, c'est une université créée pour les femmes, une des premières d'ailleurs.
Les problématiques qu'on peut avoir à subir en tant que femme étaient vraiment des sujets abordés avec facilité. Le sexisme, les questions de genre, et effectivement les problèmes menstruels, ce n'était jamais ni un tabou, ni une gêne. Donc il n'y avait pas vraiment de congé menstruel en tant que tel, il suffisait simplement de dire « je ne me sens pas bien ».
Ça m'est arrivé très souvent d'avoir des étudiantes qui me disaient « je ne me sens pas bien ». Parfois elles me disaient la raison, parfois elles disaient que c'était parce qu'elles avaient leurs règles ou pas, et il n'y avait rien à justifier. Mais encore une fois, c'est une université qui avait le mérite d'être très progressive. Je sais que ce n'est pas du tout le cas partout aux États-Unis, et encore moins maintenant. Je ne sais pas si mon expérience reflète vraiment la réalité du travail là-bas.
Dia: Au marché, je n'ai pas toujours accès à un endroit propre pour me changer ou me reposer un peu. C'est un travail qui demande beaucoup d'énergie, surtout parce qu'on doit rester debout toute la journée et gérer beaucoup de clients. C'est souvent compliqué.
Il y a des jours où j'ai très mal au ventre, je me sens fatiguée, parfois j'ai des nausées. Malgré tout, je dois rester travailler parce que c'est important pour mon salaire, pour mes études. Cela demande beaucoup d'organisation et parfois je dois cacher ma douleur pour que les clients ne le remarquent pas.
Manon : Quand j'étais aux États-Unis, j'avais un cycle normal. C'est quand je suis rentrée en France que j'ai commencé à avoir des douleurs très fortes pendant mes règles. Et il s'est posé la question de l'endométriose puisque ma mère a découvert qu'elle en avait une.
Donc j'ai fait des examens. Les résultats n'étaient pas très clairs, mais comme les symptômes avaient tendance à empirer, on m'a mise sous une pilule qui a pour effet de stopper complètement le cycle des règles, stopper les douleurs et aussi stopper les symptômes prémenstruels qui peuvent être des grandes variations dans l'humeur, l'anxiété ou la dépression.
Depuis que je suis ici, c'est plus facile au niveau de la douleur. Je n'ai pas eu de problème et ça n'a pas impacté mon travail. Mais si j'arrêtais cette pilule, ce serait très compliqué, puisqu'il faudrait repartir sur des cycles très douloureux. Je n'aurais pas pu assurer mon travail correctement dans ces circonstances.
Dia : Une fois, j'avais vraiment mal. Je devais rester debout toute la journée pour vendre des produits. À midi, je me sentais épuisée, j'avais envie de m'asseoir et de me reposer, mais je ne pouvais pas quitter mon stand. Heureusement, mes collègues m'ont aidée et soutenue.
Cette expérience m'a montré combien il serait utile d'avoir un jour de congé pendant les règles pour pouvoir se reposer et revenir en forme.
Narration : D'ailleurs, il y a déjà plusieurs pays qui ont mis en place le congé menstruel. Par exemple, l'Espagne l'a adoptée en 2023 et c'est le premier pays européen à l'avoir fait. Le Japon et l'Indonésie l'appliquent depuis longtemps déjà. Là-bas, les femmes peuvent s'absenter du travail quand les douleurs sont trop fortes sans que ce soit mal vu.
Manon : En France, j'ai remarqué dernièrement un recul dans la société en général et au gouvernement aussi sur pas mal de questions. La question du congé menstruel s'était posée à l'Assemblée et il y a eu des remarques particulièrement déplacées de la part de certains membres du gouvernement.
Une forme de pensée traditionnelle, masculinise ou sexiste autour de ces questions, qui sont parfois tournées en dérision ou considérées comme « pas si importantes ». Je pense que ce serait quand même important que cela devienne une réalité.
Dounia : J'espère qu'un jour dans mon pays aussi, on pourra mettre en place ce type de congé. Pouvoir se reposer un ou deux jours pendant les périodes les plus difficiles aurait fait une énorme différence pour moi.
Mais au-delà du repos, c'est aussi une question de reconnaissance. Reconnaître que les douleurs de règles sont réelles, que ce n'est pas une faiblesse, c'est un pas vers plus de respect au travail.
Dia : Je voudrais que la société comprenne que ce n'est pas juste un petit détail de la vie d'une femme, mais quelque chose de sérieux qui impacte la santé et le travail.
Les congés menstruels pourraient être un vrai changement, pas seulement pour moi, mais pour toutes les femmes qui travaillent ici. Cela permettrait de parler plus librement de ce sujet et de créer un environnement plus respectueux et compréhensif.
DÉBUT GÉNÉRIQUE
Narration : Podcast réalisé par Dounia, Mariam, Nadia, Rasmina et Kamelia, étudiantes à l'UBO en licence sciences sanitaires et sociales.
Accompagnement éditorial et scientifique, Louis Braverman et Aziliz Peaudecerf. Musique, Thomas Peiser. Ce podcast a été créé dans le cadre du festival RESSAC.
